Pôle d'Excellence Oenotourisme : dix propositions

Article from 19-05-2015

 

Le gouvernement a décidé, en janvier, de consacrer l’un des cinq Pôles d’Excellence touristiques à l’oenotourisme. La mission d’étude préliminaire doit permettre de dessiner les voies propres à mener l’oenotourisme français vers l’excellence. La mission doit délivrer en juin son rapport, dont le contenu est à l’heure actuelle inconnu.

Dix mots peuvent baliser les impulsions à donner aujourd’hui à l’oenotourisme en réponse aux attentes de ses clientèles internationales.

1° Paysage
L’oenotourisme est lié à la valorisation du patrimoine paysager des vignes, et donc à sa préservation méticuleuse. On vient de voir l’influence négative des projets éoliens pour la candidature des Climats de Bourgogne au Patrimoine Mondial.

2° Outils
Les méthodes du marketing territorial et de l’interpretive planning doivent être appréhendées par nos territoires viticoles comme des outils incontournables de leurs stratégies oenotouristiques. La détermination d’une identité, d’un positionnement concurrentiel, de messages clairs passe nécessairement par elles.

3° Histoires
L’oenotourisme est un secteur émergent : l’imaginaire des consommateurs manque encore de références et d’expériences. Le « storytelling », la mise en histoires, la création de « contenus », est le point de départ pour inventer des produits, circuits ou événements qui parlent efficacement à l’imagination.

4° Réseaux.
La labellisation de destinations « Vignobles & Découvertes » a permis d'amorcer une mise en réseau des acteurs concernés par l’oenotourisme : vignerons, hébergeurs, restaurateurs, artisans, producteurs agricoles, acteurs touristiques… Celle-ci doit être poursuivie localement, notamment par des éductours et des formations croisées de ces acteurs.

5° Culture
Le vin est un produit culturel. L'oenotourisme est une forme du tourisme culturel, un tourisme culturel qui se déguste. Aux mondes du vin et du tourisme, qui ont appris à collaborer, doit s'associer aujourd'hui de manière opérationnelle un troisième acteur, la culture.

6° Patrimoines
Il faut inventorier les patrimoines de la vigne et du vin, les mettre en valeur en sollicitant géologues, historiens, écrivains, ampélographes... Ce sont ces héritages, avantage concurrentiel considérable à l'international, qui sont à la source du storytelling et de la création de contenus originaux à haute valeur ajoutée.

7° Numérique
Les médias numériques omniprésents servent aujourd’hui à inspirer les idées touristiques, à permettre facilement réservations et achats, à guider sur place les touristes, et à leur permettre de partager leur expériences touristiques sur les réseaux. Cette omniprésence est encore loin de se vérifier pour l’oenotourisme. Il y a là un axe de progrès : il faut plus qu’une simple vitrine des grandes adresses oenotouristiques qui, seule, ne répondrait pas à ce cahier des charges.

8° Forêt
Il est à craindre que les grands arbres ne cachent la forêt. Il parait judicieux de ne pas résumer la politique oenotouristique française – et l’image qu’elle donne à l’international - à la création de grands projets comme la Cité des Civilisations du Vin à Bordeaux, ou la Cité Internationale de la Gastronomie à Dijon. Il serait bon de mettre en valeur toute la trame authentique des territoires vignerons, de soutenir par exemple les actions menées pour conserver et valoriser les cépages anciens, reconstruire les vignes historiques, restaurer les petits patrimoines bâtis, renouer avec les traditions et les savoir-faire...

9° Volonté
Les volontés politiques doivent se manifester clairement. La mise en œuvre de budgets appropriés (et comparables à ceux des vignobles concurrents à l’international), la coordination des initiatives de terrain, le développement crucial du plurilinguisme, une réflexion sur les aspects logistiques de déplacement des touristes et de livraison des achats de bouteilles… sont, au niveau national comme territorial, des pistes de travail.

10° Signal
Une meilleure rédaction de la loi Evin destinée à limiter ses interprétations jurisprudentielles serait enfin un signal clair et bénéfique : pour la fierté de nos vignobles et pour notre crédibilité internationale.

En tout cas, acceptons déjà le bon augure de ce futur Pôle d’Excellence Oenotourisme.

 

André Deyrieux

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