Terroirs viticoles du Jura

Article from 15-01-2018

Michel Campy accumule les titres d’enseignant et de chercheur en géologie ; c’est LE géologue du vignoble jurassien, mais ce qu’on peut préférer souligner chez ce fils de viticulteurs, c’est sa passion pour la vulgarisation en géologie viticole.

Devant Terroirs viticoles du Jura, à la fois synthèse de quinze ans de publications, et fruit d’un travail de trois ans (à raison de 3-4 jours par semaine), il faut en effet d’emblée souligner que l’intérêt du sujet est accompagné par une pédagogie à toute épreuve, secondée par une prodigieuse richesse de cartes, diagrammes, coupes, photographies, photographies aériennes jamais inutiles ou hors de propos.

Les amateurs de vins du Jura qui souhaitent nourrir leurs commentaires de dégustation et les œnotouristes désireux de comprendre les coteaux, buttes et reculées qu’ils parcourent peuvent donc se plonger en toute confiance dans les dizaines de millions d’années qui constituent l’intrigue de cet ouvrage de fond.

La première partie raconte la longue histoire du vignoble jurassien. Dépôt de calcaires et surtout de marnes dans les mers du Secondaire (autour d’il y a 200 millions d’années). Après le retrait des mers, soulèvement du Jura (avec la surrection alpine), effondrement de la Bresse et glissement de la bordure du Jura sur la plaine de la Bresse (entre – 100 millions et 2 millions d’années). Altérations, gels et dégels, érosions et résistance de certaines buttes durant le Quaternaire.

Le glissement, le chevauchement du Jura sur la Bresse, avec sa fragmentation, ses écailles, ses failles, sa mise en affleurement de terrains riches en marnes est l’acte fondateur du vignoble jurassien. Ni le calcaire des hauteurs du Jura, ni les sables et marnes de la Bresse ne sont propices à la vigne.

Le sous-titre de l’ouvrage est « Géologie et paysages » : les divers sols et formations superficielles sont donc abondamment traités, notamment au regard de leur affinité avec les cépages. Au poulsard, les marnes irisées du Trias (- 220 millions d’années), au savagnin le marnes grises du Lias (vers – 180 millions d’années) et ainsi de suite. La structure, le comportement et la vie des sols sont traités d’une manière rarement aussi détaillée par les ouvrages de géologie viticole, plus centrés sur les substrats (les roches-mères).

La seconde partie est consacrée à l’étude détaillée des terroirs viticoles du nord au sud du vignoble et des AOC Arbois, Château-Chalon, L’Etoile, Côtes du Jura. Ce travail considérable s’accompagne de conseils discrets quant à l’utilisation et à l’évolution de certains terroirs parfois sous-estimés ou peu utilisés par les vignerons. Il offre aussi de bonnes idées de « visites » de géologie œnotouristique, tels la faille entre Sous Roche et Puits-Saint-Pierre à Château-Chalon, le banc de calcaire à gryphées de Pupillin( Feule et Côte de Feule), ou l’exceptionnelle (pour le Jura) ancienne moraine d’origine glaciaire de la butte de Messengelin à Montigny-lès-Arsures.

Nous avons déjà signalé ici les excellentes publications de la maison d’édition Méta-Jura : « Le Château-Chalon » et « La parole de Pierre ». Qu’elle soit à nouveau remerciée pour ce dernier opus !


Terroirs viticoles du Jura
Géologie et paysages
Michel Campy
255 p., 35 €
www.meta-jura.org

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