Le Triumvir, ancêtre des Coteaux-du-Lyonnais

Article from 17-10-2009

En termes d'archéologie viticole gallo-romaine, il y avait un "trou" entre Narbonnaise et Moselle.

Le voilà comblé avec de récentes découvertes en Auvergne, dans le Berry, à Gevrey Chambertin et maintenant dans le Lyonnais.

Nous sommes à Saint-Laurent-d'Agny, au lieu-dit Goiffieux, dans l'AOC Coteaux-du-Lyonnais et à égale distance de Lyon et de Vienne, où des fouilles entreprises en avril 2008 sous la direction de Mathieu Poux ont fait apparaître les vestiges particulièrement bien conservés (notamment une splendide mosaïque de 1,20 mètre de côté avec un visage de Bacchus) d’une grande et riche villa gallo-romaine viticole.

C'est, au nord de Donzères (site vitivinicole du Mollard), une première...

Ce plateau du Lyonnais - dans le territoire colonial de Lugdunum - était fait pour plaire à un vétéran des guerres civiles - élite coloniale - romain habitué aux vallons d'Ombrie et de Toscane.
On comprend qu'il s'y soit installé, au 1er siècle avant J.-C., sur l'emplacement d'une ancienne ferme gauloise (établie sans doute au 2ème siècle avant J.-C.), avec une exploitation couvrant certainement quelques milliers d'hectares de terres.

Une partie des fouilles (aujourd'hui recouvertes) a révélé un terrain gneisseux qui a conservé la trace des racines tortueuses des ceps. Des tranchées de provignage et de marcottage (où subsistaient des pollens de vigne) étaient visibles, ainsi que des canaux d'irriguation et de drainage. L'inter-rang très large (5,90 mètres) correspondait à une conduite en pergola de type "vitis compluviata" (en l'occurence, un rectangle de 30 mètres de long) ; il pourrait s'agir d'une vigne jardin par ailleurs complantée en céréales ou légumineuses.

Dans les bâtiments de la villa, une installation de vinification de datation plus tardive (2e et 3e siècles de notre ère) correspond à des vignes de bien plus grande étendue : deux soubassements de pressoirs, des plans inclinés et des bassins avec cuvette de vidange (et évacuation en plomb signée par un plombier de Vienne !), un foyer pouvant servir de defrutarium (pour chauffer la vendange ou réduire le moût de raisin par cuisson).

Quel pouvait être le vin produit ici ? Etait-il bon ?

Selon Sidoine Apollinaire (évêque de Clermont au Vème siècle), il se produisait en ses terres lyonnaises un grand vin, égal des Falernes ou des Chios, un "cru renommé fondé par le Triumvir"

La référence au triumvirat marque bien le 1er s. av. J.-C. et le cartulaire de Savigny (4ème siècle après J.-C.) mentionne bien l’existence de vignobles localisés sur l’Ager Gofiacensis.

La concordance serait-elle trop belle ?

 

Trois campagnes de fouilles sont prévues, soit jusqu'en 2011. Le chantier est interdit au public. Des visites guidées sont organisées à date fixe, sur rendez-vous. Renseignements : mairie de Saint-Laurent-d'Agny au 04 78 48 75 30.

Sites à consulter

Fouilles de Goiffieux - Les rapports des campagnes de fouilles 2008 et 2009 sont à lire sur www.gofiac.fr

Laboratoire Universitaire d'Enseignement et de Recherche en Archéologie Nationale
http://luern.fr

A lire
"Le Vin Nectar des Dieux, Génie des Hommes", ouvrage collectif (dirigé par Jean-Pierre Brun, Mathieu Poux et André Tchernia) qui a obtenu en 2004 le Gourmand Awards - Livre d'Histoire du Vin, enfin réédité

A lire sur Winetourisminfrance

Quand les Gaulois sabraient l'amphore

Un paquet de Gauloises IV


Entre nous...

Enrichir notre connaissance de la vigne et du vin au fil de l'Histoire n'a pas qu'un intérêt de surface.

Ainsi, les découvertes autour de l'époque romaine sont porteuses de sens et d'expérience : installation des jeunes viticulteurs, mondialisation (à l'échelle de l'empire romain) et concurrence de régions émergentes, appellations contrôlées... sont des problématiques auxquelles chaque époque a du apporter des solutions.

De même, les préoccupations de santé ne sont pas nouvelles. Les débats sur les méfaits/bienfaits du vin n'ont pas d'âge et de tout temps, le vin a présenté les deux faces d'un usage bénéfique et d'un abus maléfique - étant au sens grec un "pharmakon", ce qui signifie à la fois remède et poison. La maîtrise de ses effets, des conséquences de son usage (pré-ivresse, oui - ivresse, non) a toujours été un enjeu.

Enfin, il est très valorisant pour une appellation de voir renaître, sous les ceps contemporains, les vestiges séculaires des vignes gallo-romaines. Le discours fait maintenant partie de la promotion habituelle des appellations, mais c'est beaucoup mieux quand les traces se visitent ou peuvent être montrées...

A une époque où les fonds consacrés à la recherche, et pour ce qui nous intéresse ici, à la recherche archéologique sont limités de manière drastique, où s'épuisent les capacités de financement de l'Etat ou des collectivités locales, et où risquent de s'émousser les bonnes volontés, il semblerait logique que les bénéficiaires de ces patrimoines vitinicoles retrouvés s'encouragent à s'impliquer plus avant dans le mécénat, le "sponsoring" de ces recherches - d'autant plus qu'il existe des mécanismes de défiscalisation du mécénat (60% de réduction d'impôt pour les entreprises, 66% pour les particuliers).

 

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