Brèves

Thomas Jefferson, oenotouriste et président

21-12-2013

Thomas Jefferson a 43 ans lorsqu’il réalise son premier voyage en France et en Italie, qui se déroule deux ans avant la Révolution Française.

Il a rédigé la Déclaration d’Indépendance, est diplomate en poste à Paris et chargé de la négociation de traités commerciaux. Il est passionné d’agriculture, et de philosophie de la ruralité. Il est grand amateur de vins et vigneron dans son domaine de Monticello (Virginie) depuis ses 25 ans. Il aime les vins de Bordeaux, de Champagne, de Bourgogne mais a aussi un penchant particulier pour les vins de Frontignan.

Jefferson prépare avec soin ces voyages destinés à découvrir et comprendre les enjeux des agricultures locales, veillant à leur donner une sérieuse dimension oenotouristique.

Il achète des cartes et des guides, se fait rédiger des lettres de recommandation pour les négociants et les vignerons. Il va même jusqu’à dessiner ses propres cartes pour les villages et vignes de Bourgogne… et rédigera des journaux de voyage que nous avons gardés, remplis d’observations agricoles, sociales, économiques et esthétiques.

Il voyage ainsi de mars à juin 1787, et il est facile de mettre ses pas dans les siens.

D’abord en Bourgogne : sur cette bande de vignes « about twenty miles long and two miles wide », il trouve remarquable que ses deux vins préférés, Chambertin et Montrachet, soient aux opposés extrêmes de la région.

Dans le Beaujolais, il apprécie que vignes, arbres et céréales soient plantés ensemble. ll descend ensuite le Rhône, cette « river of wine » : Ampuis, Condrieu, la Côte Rôtie, les Côtes-du-Rhône.

Après un passage en Italie, il est, en mai, entre Lunel et Frontignan, où il passe trois jours à déguster les muscats doux. Il sera toujours un grand amateur de ces vins, allant jusqu’à planter du Muscat à Monticello, et les comparera avantageusement, en qualité et en prix, aux vins de paille d’Alsace.

Il part ensuite – pour ne parler que des vignobles – dans le Médoc et les Graves, et il ne fait rien moins que de tracer l’esquisse du futur classement de 1855, en identifiant comme vins « of the finest quality » Château Margaux, La Tour de Ségur (Château Latour), Haut-Brion et Lafite.

Il rentre à Paris par la Vallée de la Loire. Son second voyage, l’année suivante, l’emmène en Allemagne et en Champagne, dont il note que les vins « sparkling » sont peu consommés en France.

En 1801, il devient le troisième président des Etats-Unis, et écrit en 1808 :" We could, in the United States, make as great a variety of wines as are made in Europe, not exactly of the same kinds, but doubtless as good."

Un amateur, un connaisseur, un oenotouriste, un augure...

Thomas Jefferson's European Travel Diaries (Isidore Stephanus Sons, 1987)
Thomas Jefferson on Wine - John Hailman (University Press of Mississippi, 2009)
Passions. The Wines and Travels of Thomas Jefferson - James M. Gabler (Bacchus Press, 1995)
Thomas Jefferson à Bordeaux et dans quelques autres vignes d’Europe - Bernard Ginestet (Mollat, 1996)

Site par Neteor