La machine à vendanger, attraction touristique ?

Article du 15-10-2006

Vendangé à la main” est une mention qui apparaît parfois sur l’étiquette des bouteilles comme s’il s’agissait d’un signe de qualité. Mais dans la plupart des vignobles, à l’exception notable de la Champagne et du Beaujolais où la machine à vendanger est interdite, ce sont les impressionnantes machines à vendanger qui récoltent la très grande majorité des 872.000 hectares de vigne cultivés en France.

Les vendangeurs qui parcourent les vignes un sécateur à la main, les “hotteurs” qui transportent les raisins jusqu’à la benne à vendange sont devenus l’exception. A regret peut-être pour les touristes. Encore que.

Recevant au mois d’août une cinquantaine de touristes dans son domaine, Antoine Simoneau, vigneron à Saint-Georges-sur-Cher, dans l’appellation Touraine, s’avouait surpris de l’intérêt des touristes pour son impressionnante machine à vendanger. “Ils voulaient tout savoir sur le fonctionnement de la machine !”.

La machine : plus rapide et plus réactive

En pleine vendange dans l’appellation Bourgueil, François Audebert a pris le temps de nous présenter sa machine et son fonctionnement. Sur les 42 hectares de ce domaine, 6 ou 7 sont encore vendangés à la main par une douzaine de personnes.

“Si la machine est très utile, il reste indispensable de vendanger à la main les vieilles vignes, trop fragiles pour la mécanisation”.

Si le vigneron voulait vendanger l’intégralité de son domaine à la main, sur une période d’une quinzaine de jours, il lui faudrait gérer une équipe d’une quarantaine de personnes.

“C’est compliqué, mais surtout je ne crois pas que ce soit souhaitable : la machine me donne beaucoup de souplesse et de réactivité. Si par exemple il se met à pleuvoir, on peut facilement arrêter les vendanges et reprendre après la pluie, évitant ainsi de diluer la vendange à l’eau de pluie. Avec des équipes de vendangeurs, on est plus sensible aux aléas de la météo”.

Et cette réactivité et cette rapidité permettent au vigneron de récolter son raisin à la date optimale.
Évidemment, on peut se demander si cette grosse machine est capable du même résultat qualitatif que les vendangeurs.

“Une vendange à la machine, ça se prépare” explique le vigneron. “Pendant les 15 jours qui précèdent la vendange, tous les salariés du domaine sont mobilisés pour enlever les grappillons (NDLR : les petites grappes vertes) et les éventuelles grappes pourries ou abîmées”. Grâce à cette “vendange négative” effectuée à la main, on ne laisse à la machine que des raisins en bon état.

La machine trie les raisins

Il n’y a qu’à suivre dans les parcelles la machine à vendanger de François Audebert pour comprendre que la mécanisation de la vendange est loin d’être un obstacle à la qualité. Enjambant le rang de vigne, la machine “secoue” les ceps grâce à des secoueurs en plastique, faisant tomber les grains de raisins qui sont remontés par l’arrière sur des tapis roulant.

La récolte passe ensuite sur un égréneur, une grille qui ne laisse passer que les grains, pendant qu’une puissante soufflerie évacue les feuilles et les rafles qui seraient susceptibles de donner des goûts végétaux au vin. Et lorsque la machine déverse la récolte dans la benne, le résultat est impressionnant : seuls les grains de raisin ont été récoltés et c’est plus par perfectionnisme que par absolue nécessité que le vigneron passe sa vendange sur une table de tri avant de mettre le raisin en cuve.

“Aujourd’hui les machines secouent les ceps avec douceur et le conducteur peut régler précisément la machine pour optimiser le résultat” explique François Audebert. “La machine passe dans les vignes à moins de 3 km/h et deux chauffeurs se relaient toutes les deux heures pour qu’il n’y ait pas de baisse de vigilance”.

Si les vendanges manuelles sont plus “glamour”, François Audebert n’hésite pas cependant à revendiquer l’utilisation de cette machine moderne qui participe à la qualité de son vin.
Et même si elles sont plus coûteuses ( 1.200 à 2.000 €/ha pour les vendanges manuelles contre 500 à 1.500 €/ha pour les vendanges mécaniques), les vendanges manuelles seront de toutes façons préservées pour les vieilles vignes, pour les tries des vins liquoreux et pour la récolte des grands vins blancs , car le raisin blanc, sensible à l’oxydation, n’aime pas beaucoup la machine.

Guillaume Lapaque
Maison Audebert et Fils
20 Avenue Jean Causeret
BP 39
37140 Bourgueil
E-mail : maison@audebert.fr
Récoltant sur les trois appellations Bourgueil, Sant-Nicolas de Bourgueil et Chinon


Antoine Simoneau
Domaine de la Rablais
21, rue des Vignes "La Poterie"
41 400 Saint-Georges-sur-Cher
+33(0)2 54 71 36 14
e-mail : domrablais@wanadoo.fr

Sur son blog, le domaine Les Terres Rousses à Nissan Lez Ensérune (Languedoc-Roussillon) revendique haut et fort l’utilisation de la machine à vendanger :

“Les vendanges à la main existent toujours mais il s’agit plus d’une utopie, d’un folklore, sauf pour les grands domaines, les grands châteaux prestigieux …. La réalité économique agricole est différente. La mécanisation est omniprésente, les machines travaillent mieux, plus vite, et surtout moins cher (à condition de savoir les utiliser correctement). Toutes les régions s’y mettent du bordelais à l'alsace sauf en champagne où la législation l'interdit.”

Voir aussi ICI,  Vigneron Blog.

 

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