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Les vignerons de la Nouvelle Lune

Article du 12-03-2013

 

Avignon. 11 mars 2013, jour de la nouvelle lune, ça tombe bien. La Collection Lambert, haut-lieu de l’art contemporain accueille une belle exposition au titre ambivalent, Mirages d'Orient, grenades et figues de barbarie.

Elle accueille aussi ce jour-là – en off de la manifestation professionnelle Découvertes en Vallée du Rhône - des vignerons artistes (de terre rhôdanienne, donc) qui en ont clairement fini avec les vieilles lunes.
Vieilles lunes : choses et personnes du passé, idées surannées. Comme la viticulture industrielle, par exemple, sa mécanisation, ses chimies, ses pesticides, ses produits phytosanitaires, ses levures exogènes, ses vinifications et ses circuits de commercialisation…

Sous ce poétique nom de Vignerons de la Nouvelle Lune on trouve un collectif de petits producteurs familiaux en biodynamie et en biologique, un creuset de sensibilités et d’éthiques proches, un faisceau d’énergies amicales, un réseau d’échanges de techniques et de complicités…

Cette alliance de dix-neuf paysans-vigneron-artisans, dont le centre de gravité se trouve en Provence des Papes, nie toute uniformité, et toute conformité : chacun est face à la liberté de prendre ses propres décisions, à la vigne ou au chais.

(Carte indicative ici)
Il y a des plus connus, des plus jeunes, des plus risque-tout. Beaucoup sont en Drôme provencale et en nord Vaucluse, d’autres en face (en Ardèche ou dans le Gard), et certains en côtes-du-rhône septentrionales.

Certains sont des valeurs sûres (Gramenon, Viret, Stephan, Milan…), d’autres sont beaucoup plus récents (Ouréa, La Deuxième Tour, Accoles…).

La vinification la plus naturelle possible

Ici, on vous parle de vin en liberté, d’expression du terroir, du raisin et du millésime. Les cuvées sont parfois sans soufre. On aime les vaches dans les vignes en gobelets, les amphores dans les chais, les pissenlits et le petit mesclun. On voit les vignes comme un prolongement des jardins. Ce sont de vieilles vignes souvent. De toute façon, les rendements sont mesurés. Le calendrier lunaire est accroché au mur et les planètes illustrent les étiquettes. On pratique parfois la macération carbonique.

Et pour la deuxième année (après Découvertes en Vallée-du-Rhône 2011), il y a cet événement-dégustation qui fait le plein d'amateurs, avec autant d’histoires que de cuvées.

Autant d’histoires que de cuvées

L’expressive cuvée "Garrigues" de Rémi Pouizin (Domaine de La Fourmente), provient d’un bois de chênes verts qui, défriché par le grand-père sur le lieu-dit le Garrigon (à Tulette), révéla un beau sol de galets et d’argiles rouges. Des vignes de 70 ans maintenant.

"A table", le cri même du vin de soif, nous appelle avec une rafraîchissante cuvée de Syrah de Jean-Philippe et Ingrid Bouchet (Clos des Mourres, à Vaison-la-Romaine)… « et si personne ne vient à table, et bien buvez le tout seul ! »

Jean-Luc Bernard (Vaison-la-Romaine) était architecte mais ça, c’était avant… Son domaine de cinq hectares s’appelle La Deuxième Tour, du nom d’un de ses projets : une tour de vinification plongeant dans le sol et ressortant plus loin, comme pour faire un marcottage, en une deuxième tour abritant un lieu de dégustation.

Sa cuvée 100% Grenache sans soufre montre que le solaire 2009 pouvait donner des vins de fruit, de fraîcheur et de peps…

Même fraîcheur pour "Les Cancres", autre cuvée 100 % Grenache 2009, chez Les Grands Enfants (Olivier Trombetta, Philippe Mayoud et Daniel Sadok) à Sainte-Cécile-les-Vignes.

Idem pour la cuvée "Bomparet" (nom du lieu-dit) élaborée par Mathieu Dumarcher, ingénieur agronome et œnologue (La Baume de Transit), avec du Grenache vendangé tôt. On pourra aussi gambader dans le printemps avec "Léon et Séraphin" (assemblage de grenache et carignan, macération carbonique à froid).

La prochainement commercialisée "Ursa Major", les vieilles vignes de Pascal Chalon (Domaine de La Grande Ourse, à Tulette), décline la thématique des constellations et cherche encore son étiquette autour d’une belle gravure du XVIème siècle.

Les souples Vacqueyras et Gigondas des hautes parcelles d’Adrien Roustan portent le nom d’Ouréa, le dieu grec des montagnes, fils de la Terre (Gaïa).

Il fait soif !

Jérôme Hue, entre Mondragon, Rochegude et Uchaux donne un "Coup de Pied à la Lune" en assemblant en cuve béton Grenache et Carignan (et un peu de Cinsault) nés sur des sols de « rayas » (sables gréseux).

L’élégante cuvée "Gryphe" (nom d’une huître fossile) de Florence et Olivier Leriche est 100% vieilles vignes de Carignan.
Leur domaine des Accoles est à Privas, leurs vignes à Saint-Marcel d’Ardèche, et ils ont cinq autres cuvées dont des assemblages Grenache-Cabernet...

A Rochefort-du-Gard, on choisit la cuvée Grenache "Pointue" (« parce que c’est une pointe ! ») de Nicolas Renaud (Clos des Grillons).

La cuvée 2011 d’Hélène Thibon (Mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche), rescapée d’un millésime qui a souffert de cuves en béton récemment installées et défectueuses, ne porte pas de nom.

On citera encore, le franc "Les Fumades" de Clément Sini (Vaison-la-Romaine), le "1" (Dolia Paradis Rouge) de Philippe Viret (Saint-Maurice-sur-Eygues) pour débuter une masterclass d’amphores, la cuvée "Il fait soif" (avec un G explicite sur l’étiquette) de Maxime-François Laurent (Domaine de Gramenon, à Montbrison-sur-Lez).

Côté septentrional, faisons plus que mentionner en 100 % Syrah, la cuvée Crozes-Hermitage "Georges Reynaud" (le nom du grand-père) de David Reynaud (Domaine les Bruyères), le Côte-Rôtie 100% "Sérine" Côteaux de Tupin de Jean-Michel Stephan, le Cornas "Brise-Cailloux" de Mathieu Barret (Domaine de Coulet).

Et pour conclure, il faut avoir eu la chance de goûter le "Clos de Milan" 2006 (Saint-Rémy-de-Provence), d’une vieille vigne arrachée en 2009 et qui ne reprendra du millésime qu’en… 2020.

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