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Sarragachies, vigne sauvée

Article du 29-04-2013

Depuis les années 70, lorsque Jean-Paul Houbart, de la cave de Plaimont, (appellation Saint-Mont dans le Gers), a commencé à prospecter et répertorier les souches, les pieds de vigne bizarres, curieux, inconnus, les vignerons de Saint-Mont s’intéressent à la découverte et à la conservation des patrimoines ampélographiques.

Une volonté de maintenir la biodiversité bienvenue au moment où le passage en AOVDQS (1981) entraînait l’arrachage de nombreux cépages anciens…

Les vieux cépages au secours du futur

Cela a abouti au maintien de vieilles parcelles, et à la création - en 2002 - d’un conservatoire (à Pouydraguin) qui aujourd’hui compte 55 cépages dont certains oubliés ou « presqu’oubliés ».

Ce conservatoire est utile à des fins de recherche : les cépages à bas degré d’alcool sont par exemple, avec le réchauffement climatique, particulièrement étudiés.

Des cépages anciens ont été remis en culture, comme le Manseng noir replanté récemment à Lectoure. Des micro-vinifications sont réalisées pour découvrir des cépages intéressants pour de futurs assemblages.

Les « vieux cépages » donnent aussi matière à renouer avec l’histoire, à raconter celle du piémont pyrénéen, et à se distinguer sur la scène viticole nationale et internationale.

Chemin faisant, a été découverte à Sarragachies une vigne plantée avant le phylloxéra : certains pieds remontent à 1830.

Cette vigne préphylloxérique, franche de pied, de 2.000 m2 (20 ares), appartient à la famille Pédebernade, et jouxte leur maison tel un jardin de vigne.

La vigne a résisté au phylloxéra parce qu’elle est plantée sur un sol de sable noir, qui empêche la progression de cet insecte.

Une vigne livre d'histoire viticole

L’idée est venue aux vignerons d’en demander l’inscription aux Monuments Historiques (IMH), rappelle Eric Fitan (photo), président de la Section interprofessionnelle des vins de Saint-Mont.

La Direction régionale des affaires culturelles a eu un coup de cœur pour la démarche.

C'est une première en France. On pense plus en matière de Monuments historiques à l’architecture qu’au vivant : par exemple, les clos de vigne de Parnay (« Clos d'entre les Murs ») ou de Souzay-Champigny (« Clos Cristal ») sont protégés pour leur bâtis.

Mais la parcelle constitue un exemple rare de biodiversité et de patrimoine génétique, tout en témoignant de l’histoire viticole antérieure au phylloxéra.

Le patrimoine viticole est bien présent, et témoigne de modes de culture ancestraux.

On trouve en effet dans cette vigne 600 pieds de vignes représentent vingt cépages mélangés les uns aux autres (des variétés de Tannat, de Morrastel, de Fer Servadou, de Miousap...), dont sept inconnus (baptisés Pédebernade1, 2…). Ce sont à 4/5ème des cépages rouges.

De plus, la parcelle garde la trace d’une disposition des ceps en carrés – les ceps étant espacés de deux mètres - qui permettait le passage des attelages de bœufs pour désherber ou labourer.

La plantation est en pied double, le même piquet soutenant deux souches, conduites en hautains. On trouve aussi dans la parcelle certains ceps multipliés par marcottage.

Aujourd’hui encore, on continue à lier pieds et poteaux avec de l'osier, à l'ancienne.

Enfin, on y trouve encore des vignes spécifiquement mâles (sans raisins) ou femelles - des vignes dites dioïques - alors qu’aujourd’hui les vignes sont hermaphrodites.

Bicentenaires et en pleine forme

Malgré leur âge, ces vignes ont un bon rendement : leurs raisins sont vinifiés mélangés à d’autres parcelles par la coopérative Plaimont producteurs.

Elles sont en bonne santé, et sont même épargnées par l'esca, une maladie du bois de plus en plus fréquente provoquée par un champignon.

Des projets sont en cours pour améliorer le cadre paysager, et aménager de manière à protéger la parcelle un circuit de visite.

Actuellement, l’ouverture de la parcelle est limitée à de petits groupes notamment lors des Journées du... Patrimoine (les 14 et 15 septembre, cette année).

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