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De l'activisme oenocuturel

Article du 25-11-2013

Oui, le vin est un produit culturel.

Tout le monde s’entend là-dessus. « Le vin est l’une des choses les plus civilisées du monde », aimait à dire Hemingway.

Doublement. En tant que  produit de la culture, des civilisations, nourri de techniques et de savoir-faire en amont. Puis en aval produit culturel, générateur de mythes, de religions, d’œuvres artistiques.

Le vin, c’est de la pure culture ! Il « n’est pas seulement un objet de plaisir, mais un objet de savoir et le plaisir dépend du savoir » (I drink, therefore I am, Roger Scruton).

 

Non, le vin, produit culturel, jardin de connaissances, n’a pas la reconnaissance qu’il mérite, et encore moins dans le pays  qui fut longtemps considéré comme la fille aînée de Bacchus, la France.


Oui, ne pas prendre en compte la puissance culturelle du vin, c’est faire le jeu des discours prohibitionnistes.

Limiter, par omission, le vin à une boisson leur laisse le champ libre pour le combattre comme un simple breuvage alcoolisée, dont il faudrait éradiquer la consommation.

Les arguments avancés par les experts opposés à un hygiénisme arbitraire, et favorables à une consommation modérée de vin sont nombreux sur les plans économiques, médicaux, sociologiques, pédagogiques …

Il leur manque d’évoquer le risque du sabordage d’une des richesses patrimoniales plurimillénaires de la France.

Il leur manque de souligner que la connaissance des vins et des vignobles rend simplement la vie plus riche.

Oui, les patrimoines vitiviniculturels doivent être protégés en tant qu’héritages.

Le vin devrait être une fierté nationale.

Aujourd’hui, ses patrimoines ne sont ni identifiés, ni protégés, ni valorisés, ni transmis.

Or, qu’il s’agisse de géologie ou d’esthétique paysagère, d’aménagement des vignobles ou de savoir-faire, d’archéologie ou d’histoire, d’art ou de littérature… ils sont considérables.

Pour ne prendre que l’exemple du patrimoine des variétés de cépages, sa richesse mérite toute l’attention qu’elle n’a pas eue durant les soixante-dix dernières années.

Or si des cépages perdus et oubliés sont remis en culture par des vignerons, des associations locales et des conservatoires, il est aujourd'hui à craindre qu’une grande désinvolture n’entraîne des conséquences catastrophiques pour le conservatoire de vignes franc-de-pied de Vassal

 

Oui, pour ceux qui sont conscients des enjeux économiques, la richesse oenoculturelle constitue un avantage concurrentiel pour notre économie touristique et pour le marketing de nos vins.

La culture et l’imaginaire sont de puissants vecteurs d’identité et de valeur. Cette demande pour l’oenotourisme culturel est bien analysée par des pays comme le Portugal, la Croatie ou la Géorgie…

 

Oui, dans le cadre de la mondialisation des économies, c’est la différence, l’identité, l’authenticité qui constituent des facteurs gagnants et non la standardisation.

Alors, il faut se battre sur cinq fronts.

Reconnaissance

Il faut inscrire le vin au patrimoine de la nation, comme l’ont fait l’Espagne et l’Argentine.

C’est l’objet d’une proposition de loi sénatoriale qui tient en un seul article : "Le vin, produit de la vigne, fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé, en France".

Ce texte viendrait naturellement compléter l’inscription au patrimoine culturel immatériel de l'humanité du repas gastronomique des Français.

Inventaire

Il faut entreprendre à l’échelle nationale un inventaire des patrimoines de la vigne et du vin.

Des initiatives ont été entreprises dans certaines régions : dans la Drôme, dans le Languedoc-Roussillon (s’agissant des caves coopératives historiques), en Champagne et en Bourgogne où ont été initiées des demandes d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Protection

Il faut appliquer les mesures de protection et de sauvegarde de ces patrimoines.

Formation

Il faut développer les programmes pédagogiques de découverte de la vigne et du vin dans les cursus scolaires, universitaires et de formation auprès de publics diversement avertis.

Il serait bon également d’éclairer nos élus et les décideurs sur les aspects culturels du vin.

Budget public

Il faut consacrer de vrais budgets publics au tourisme dans les vignes et dans les terroirs, et à la création de véritables actions de développement - et non pas à la rédaction de simples annuaires ou guides de prestataires.

 

Ce sont les investissements à engager pour entrer de plain-pied avec nos histoires locales et uniques dans l’immense civilisation du vin qui se dessine devant nous.

 

 

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