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Le porto, merci qui ?

Si le vignoble du Douro est attesté dès l’occupation romaine, et son histoire assez classique, il fallut un certain nombre de circonstances, de dons, pour que les vins du Douro deviennent le Porto.

Avec quelques histoires en forme de remerciements,  éclairons l'Histoire.

(1) Merci aux... Vikings.

Entre le IXème et le XXème siècle, ce sont les barcos rabelos qui ont assuré le transport des pipes (contenant 550 litres) de porto entre la haute vallée du Douro et les chais de Gaia.

Des embarcations à fond plat et à voile carrée empruntées aux drakkars des vikings qui firent ici quelques "incursions" vers 844.

 

 

(2) Merci aux... Galiciens

La haute vallée du Douro étant faiblement peuplée, c'est une main d'oeuvre nombreuse et pauvre qui vint du nord-ouest de l'Espagne pour replanter le vignoble, et construire murets et terrasses qui façonnent le paysage.

(3) Merci à Colbert et à l'abbé X

Les mesures protectionnistes de Colbert (1677) relatives au textile anglais entraînent des mesures de rétorsion quant aux vins français.

Du coup, les exportations de vin portugais vers l'Angleterre passent de 120.000 litres en 1675 à... près de 7 millions de litres en 1685.

Le premier Porto tel que nous le connaissons (fermentation arrêtée par ajout d'alcool) est apparu, dit-on, à l'abbaye de Lamego en... 1678.

(4) Merci à ... Saint-Schiste

Le schiste fournit le sol (hors de la zone d'appellation, c'est du granit). Pauvre, il convient à la vigne. La roche mère, toute en dalles et feuilletage vertical laisse passer les racines, et l'eau. Le schiste fournit les pierres des murets, celles des maisons et même les piliers des quintas et les pieux des vignes.

Rien d'étonnant à ce que Saint Schiste (Saõ Xisto, Sanctus Xystus) aie des chapelles et même un village...

Entre nous, il est "injurieux" de parler de gaz de schiste : cette roche métamorphique connaît lors de sa formation une telle température (entre 300° à 500°) que les molécules de méthane sont détruites. On doit parler de gaz de shale, une roche sédimentaire...

 

(5) Merci au... temps qui passe

Certains portos dans les chais de Vila Nova de Gaia prennent une infinité de visages différents grâce aux modes de vieillissement : tawnys âgés, LBV, colheitas... et plus rares vintages dont le premier fut celui de Georges Sandeman en 1790.

Le Porto donne à l'homme l'illusion de conserver le temps, mais les vintages, une fois ouverts, doivent être bus... dans la journée.

Bom dia !

(6) Merci au... tremblement de terre de Lisbonne

Malheureusement oui. Suite à cette catastrophe (1755), le premier ministre un tantinet autocratique, le marquis de Pombal, souhaite relever l'économie du pays. Il s'intéresse particulièrement aux vins du Douro.

Il est à l'origine dès 1756 de la première délimitation d'origine contrôlée mondiale (marquée par 335 bornes de pierre), d'une réglementation rigoureuse de la production et de la commercialisation des vins, d'une compagnie royale de tutelle...

Cette rigueur gage de qualité est aujourd'hui administrée par le tout puissant IDVP, Instituto dos Vinhos do Douro e do Porto.

 

(7) Merci à... la brume

Le fleuve Douro joue un rôle bénéfique dans le climat des vignes. Ce fut longtemps la voie d'acheminement depuis le haut Douro des "pipas" de vin. Il accueille aujourd'hui de nombreuses croisières oenotouristiques.

Mais il "fournit" aussi, à proximité de la mer, la neblina matinal (brume matinale) qui fait des chais (armazens) de Vila Nova de Gaia le lieu idéal pour la maturation des portos.

Les portos élevés dans la chaude haute vallée ont moins de fraîcheur : on parle parfois, en dégustation, de portos "Douro-bake"...

(8 et dernier ) Merci à... la biodiversité

Le Portugal cultive un trésor d'environ 400 cépages. On en rencontre plus de 90 complantés dans les vignes du Douro.

De quoi tester depuis au moins 300 ans les capacités d'adaptation aux divers terroirs (classés depuis 1945 en fonction de douze critères complexes).

Dans les années 80, une étude a préconisé l'utilisation des "top cinco" : Touriga Nacional, Touriga Francesa, Tinta Roriz (Tempranillo), Tinta Barroca, Tinto Cão.

Un cépage blanc, le Moscatel, est aussi, du côté de Favaios, très apprécié en vin fortifié.

Article du 28-03-2015
Site par Neteor