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Cépages oubliés : la course contre la montre

Article du 15-06-2015

Les Rencontres des Cépages Modestes ont organisé le 11 juin une visite au Domaine de Vassal de l'INRA, magistralement guidée par Thierry Lacombe, responsable scientifique (avec Jean-Michel Boursiquot) de ce Centre de Ressources Génétiques.

Les vignerons et sommeliers présents, comme Catherine Roques, Jean-Marc Aumeras ou Dominique Janssen, ont pu prendre d’emblée la mesure de cette collection unique au monde : 2.676 cépages, 7.826 accessions (clones) de tous les pays viticoles disposées dans 17.700 plots, 5.000 dossiers variétaux, un herbier de 14.000 échantillons, une base de 50.000 photos.

Créé en 1876 à Montpellier, dans la foulée du phylloxéra, c'est en 1949 que le conservatoire trouve sa place dans les sables magiques du littoral de Marseillan, qui contiennent moins de 1% d’argile et rendent impossible les attaques de phylloxéra...

Prospecter pour sauvegarder

le patrimoine génétique viticole

Unique au monde, ce n’est pas tout… Il faut se rendre l’évidence : constituer aujourd’hui une telle collection serait tout bonnement impossible.

D’une part, parce que la collection est le fruit continu - sur 140 ans - d’un travail international gratuit d’échanges, de dons, de prospections de la part d'associations et d’individus passionnés. D’autre part, parce que la création, l’entretien et l’évolution d’un tel conservatoire ont un coût important que notre économie ne se soucierait peut-être pas - et à tort - d’assumer.
Enfin, parce que nombre de parcelles et de cépages ont purement et simplement disparu.

Les parcelles intéressantes de « vieux vignobles », concrètement celles qui remontent à plus de 70 ans, se réduisent d’année en année : elles représentaient 8,5 % des surfaces en 2006, et 6,6 % en 2011…

C’est une véritable course contre la montre qui est engagée aujourd’hui, et il est tout juste temps de lancer un appel à la prospection et à la découverte de cépages oubliés. Dans 15 ans, leur trace aura disparu, et on ne recrée pas un cépage perdu.
Les initiatives privées, souvent intégrées au Réseau Français des Conservatoires de Vigne, fondé en 1999 et qui compte 150 adhérents, sont donc mobilisées.

La fin programmée du franc-de-pied

Outre la conservation des cépages, Vassal assume des missions critiques : l’accueil des « nouveaux entrants », la distribution d’accessions aux vignerons qui en font la demande, les visites pour des groupes d’amateurs, et la diffusion de l’information technique.

Sur ce dernier point, le Conservatoire s’est fixé pour but de numériser l’ensemble de ses données et de les rendre consultables par le web.

Le monument mondial de l'ampélographie a encore les pieds dans le sable. Mais, de manière à ne pas subir la montée des eaux de la Méditerranée entraînée par le réchauffement climatique, le déménagement de la collection s’avère indispensable. Elle sera accueillie dans l’Aude, au terme d’études, d’essais et de validations ; des opérations complexes qui prendront une petite dizaine d’années.

La survie aura un prix : tous les ceps seront greffés sur des plants résistants au phylloxéra. La plus grande collection franc-de-pied du monde aura vécu.

 

Sites web

Domaine de Vassal - http://www1.montpellier.inra.fr/vassal/index.html

Réseau des conservatoires - http://bioweb.ensam.inra.fr/collections_vigne/

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