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Le génie français pour l’outillage vigneron

Article du 27-04-2016

Les musées du vin ont un rôle irremplaçable. Comme tous les musées, ils ne sont pas faits pour le passé mais pour l’avenir, et cela ne se sait pas assez. A la fois conservatoires de richesses – outils, ustensiles, instruments, machines - qui risquent à chaque instant de disparaître, et lieux actifs de culture générale et de pédagogie, ils sont pourtant menacés comme nombre d’institutions culturelles, et peinent parfois à maintenir leur énergie, à animer leur calendrier, et à renouveler leur muséographie.

Ils sont pour certains dus à des initiatives personnelles. A « une folie » ! dit même Théo Elzinga qui a commencé en 1985 à chercher des outils vignerons pour « décorer sa cave ». Il était facile de récupérer ceux dont ne voulaient plus les vignerons, et c’est devenu pour Théo une passion dévorante.

Aujourd’hui, dans le Tarn, entre Gaillac et Cordes sur Ciel, se trouve le musée-conservatoire le plus complet d'Europe sur les outils viti-vinicoles du XVIIIe jusqu’au milieu du XXe siècle. Cette vaste demeure, dont l’entrée est signalée par un martial canon anti-grêle, domine les vignes du Tres Cantous où se trouve un voisin célèbre qui aime à venir, le vigneron Robert Plageoles.

En trente ans, Théo Elzinga a nourri sa passion, développé ses connaissances et sa capacité à savoir qu’une chose est rare. Il a assisté à des miracles, comme le fait de retrouver les deux pièces d’une même machine à des années de distance. Il a accumulé une époustouflante collection, du pressoir monumental au minuscule siphon à Champagne, avec par exemple 400 modèles différents de machines à greffer ou une panoplie de sécateurs pour lesquels il a répertorié 46 sortes de ressorts (il a un projet de livre sur ce sujet).

Mais Théo a surtout augmenté et affirmé son admiration pour l’inventivité des vignerons et des forgerons. Il est intarissable sur le génie français pour les vignes. Celui-ci s’imposait au monde entier : quasiment la totalité des outils et ustensiles de la vigne et du vin de tous les vignobles (notamment en Espagne ou en Italie) - étaient français au XIXe siècle…

Ce génie artisan de l’inventivité brillait à récupérer, à « bricoler » et à transformer, mais aussi à deux objectifs paradoxaux : s’adapter aux traditions locales, et en même temps échapper aux habitudes pour créer plus d’efficacité et de confort dans les tâches de la viticulture et de la vinification.

« Nos arrière-grands-parents étaient plus intelligents que nous » aime à répéter Théo Elzinga. On suit le cheminement au fil du temps des essais, des erreurs, des culs-de-sac et des nouvelles tentatives. On découvre les particularités de Gaillac ou de l’Aveyron proche, comme le panier qui servait à porter la vendange sur sa tête, le cabessal. On comprend le recyclage d’outils – on était en campagne de polyculture pauvre – pour en faire des coupe-marcs (avec les coupe herbes), ou des « espontons » de gardes-vignes, une profession très présente entre les XVIe et XIXe siècles.

Par la suite, l’industrie et la standardisation ont enseveli innovations techniques (comme les bondes anti-débordements), particularités utiles (la serpette sécateur) et variations poétiques (comme certain porte-bouteilles pliant et silencieux).
Comptez sur Théo qui fait lui-même visiter sa collection - pour raconter ces mille histoires de la créativité vigneronne.

C’est un véritable bonheur que la visite de ce conservatoire, pour laquelle il faut prévoir quelques heures – et sans aucun risque de s’ennuyer.
Un bonheur qui ne tient pas à une simple nostalgie, mais vient de la découverte, de la confirmation, que rompre avec la tradition, avec une histoire où l’homme avait la maîtrise de sa main et de ses prolongements, n’a abouti qu’à rompre avec l'imagination et l’ingéniosité artisane.

On a la preuve ici que renouer avec notre histoire est incontournable pour échapper à un monde standardisé d’exécutants et de consommateurs, où l’homme risque d'être dépossédé de ses gestes, de sa pensée et de son esprit créatif.

Le nom du musée, Invincible vigneron, est une leçon d’optimisme. Oenotouristes, amateurs d’histoire et écoles devraient s’y presser… mais a fortiori pas un vigneron de France ne devrait ignorer ce lieu et ses leçons…

Invincible Vigneron, à Broze
http://invinciblevigneron.wix.com/museedesvignerons

 

Lire aussi
Sur Gaillac : Kit oenotourisme pour Gaillac
Sur un autre passionné des outils de la vigne : L’ingénieur des héritages vignerons

Nota : Un blog est à disposition des musées du vin pour relayer leur actualités et informations. Ce blog - Vin dans mon musée ! - est gratuit. http://vindansmonmusee.blogspot.fr/

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