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Hommage à Robert Plageoles

Article du 14-11-2016

Les dernières Rencontres des Cépages Modestes qui se sont déroulées les 12 et 13 novembre à Saint-Côme-D’Olt ont mis à l’honneur le grand vigneron gaillacois Robert Plageoles, et à cette occasion André Deyrieux, président de l’association organisatrice des Rencontres a évoqué quelques aspects de son œuvre. Voici le texte de cette évocation.

 

En 2009, j’avais eu le plaisir de remettre le Prix du Clos de Vougeot à Robert Camuto pour son livre Un Américain dans les vignes - Une ode amoureuse à la France du bien-vivre. Il y raconte, entre autres escapades de bon goût, sa visite à Gaillac et chez les Plageoles père et fils. Il y résume ainsi Robert : « Viticulteur, oui, mais aussi poète, peintre, auteur, photographe, historien, collectionneur de livres, conservateur de cépages et raconteur d’histoires… ».

Il ne dit pas que c’est un homme de bocaux. Un bocal, des bocaux.

Grappothèque

A « La vigne en folie », le délicieux et couru restaurant bar à vins de Gaillac qui présente une belle sélection de vignerons, des étagères offrent à la vue, dans des bocaux, des cépages du monde entier, remarquablement conservés dans de l’aldéhyde formique.

Un travail de Robert Plageoles que cette grappothèque. Accompagné du distillateur Laurent Cazottes, il est allé chercher les grappes au Conservatoire de Vassal. Conservatoire où il fut sans doute le premier vigneron client en 1982.

Le cardiologue de Robert me l’a confirmé. Il y a dans son coeur une vigne. « Homo Vinifera » l’a surnommé Périco Légasse. Une vigne et tous les cépages qu’il a recueillis. Les mal aimés, les prétendument fragiles, les dont le goût ne valait pas le coût... tués par le phylloxéra et l’homme. « ll n’y a pas de mauvais cépages, il n’y a que de mauvais vignerons » aime-t-il à répéter. Ces cépages qui sont eux-mêmes au coeur de l’histoire de ce vieux vignoble gaulois dont l’ADN tient exactement de l’océan et de la Méditerranée, ce vignoble gaillacois où les Plageoles sont attestés depuis le XVe siècle.

Prunelart, Lenc de l'el, Duras, Braucol, Muscadelle, Verdanel et bien sûr Ondenc. Arc-en-ciel des Mauzac - Noir, Roux, Vert, Jaune, Gris, Rose, Côte de melon - qui s’épanouit dans le conservatoire de Robert. A Cahuzac-sur-Vère se trouve un paradis qui n’est pas fiscal, mais ampélographique.

Mais bien sûr, il n’y a pas que les cépages. L’amour de la viticulture (la taille en gobelet, la pratique de la feuille mère, la réflexion sur le phylloxéra) et de la vinification traditionnelle (le Brut Mauzac) va avec l’innovation (Vin d’Autan).
(Le vent d’autan est ainsi nommé nous a dit Robert, parce qu’il souffle depuis la direction où sont les autels dans les églises de village, depuis la direction de Jérusalem...)

Des héritages culturels clés

Autant de passion ne va pas sans curiosité et il faut voir le regard d’enfant de Robert écoutant un autre trésor vivant, lui par contre complètement méconnu, je parle de Théo Elzinga. Ce voisin de Robert, avec sa minutie enthousiaste de notaire hollandais, amasse depuis trente ans la plus belle collection d’outils du vin de France ; il y en a 8 000 aujourd’hui. Robert a fait les Arts et Métiers et il sait que même le plus modeste de ces outils dévoile l’inventivité de l’homme, l’ingéniosité du technicien, la malice du vigneron.

Autant de passion ne va pas sans lectures, sans bibliothèque - et la sienne compte 4 000 ouvrages - ne va pas sans la conscience aigüe que la vigne et le vin sont des héritages culturels clés.
Les acquis de nos ancêtres sont chargés d’avenir et nous devons les protéger contre la standardisation et la mondialisation. Mais, déplore-t-il, « il y a une méconnaissance culturelle de la vigne énorme ».

Aussi, autant de passion ne va pas sans mots, sans paroles, sans écriture (et son écriture manuscrite est très élégante), sans transmission. Le Pocket Wine Book de Hugh Johnson 2017 définit ainsi avec sa concision habituelle Robert Plageoles : « Rebelle et puriste. Gardien des cépages locaux et mentor de bien des vignerons ».
Mentor et conférencier. Et écrivain. Citons La saga des cépages gaillacois et tarnais ; Le vin de Gaillac, 2 000 ans d’histoire ; Les vins de l’Antiquité même, avec Michel Bouvier.

Autant de passion ne va pas sans le Tarn d’énergie joyeuse qui roule sur les jalousies et les inimitiés, l’énergie joyeuse du sportif qui se bat auprès des services forestiers pour que sa chère vigne sauvage Vitis vinifera silvestris subsiste en forêt de Grésigne - chère au point d’en offrir un bâton à Pierre Galet lors de l’hommage qui lui a été rendu à Montpellier le 6 avril dernier. (« La vie de Galet, c’est un monument » nous disait-il il y a peu. Cher Robert, vous en êtes un autre !)

Autant de création ne se fait pas sans poésie - vous savez que « poésie » vient du grec « poiein », créer - et j’aimerai citer, trop brièvement, Robert le poète, quatre vers parmi ses presque 300 poèmes :

« Le raisin est une résistance
Le vin est un art
Le vigneron un artiste
Du grand cirque du bonheur »

Autant de création ne va pas sans amour. Produire et laisser une trace d’énergie positive sur cette planète, c’est finalement le modeste travail de l’humain dans sa courte vie. Travailler la vigne, presser le raisin, élever du vin sont bien évidemment des tâches cosmiques qui dépassent une série de gestes nobles. C’est un travail d’amour.

Comme le dit Robert, ce jeune vigneron plein de fougue, « le père du vin, c’est le vigneron, et sa mère, la vigne ».

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