Newsletter

De la résurrection des sols

Article du 15-02-2007

Ce livre n'est pas un guide, prévient d'emblée Jean-Claude Ray, l'auteur de Vignerons rebelles.

Il s'agit de présenter au lecteur ce qui se passe avant que le vin n'arrive dans son verre : nature du terroir, travail de la terre, vinification, élevage...

Pas de commentaires de dégustation donc, même si l'appréciation de certaines cuvées coule de source et de la plume de l'auteur. Un carnet "d'adresses précieuses" clôt d'ailleurs l'ouvrage.

 

Des sols morts

Constat de départ, un bilan particulièrement lourd. L'état des sols agricoles de France est "absolument catastrophique". Les sols - et les eaux - sont empoisonnés, malades, morts.

En ouverture du livre, les réponses de Bruno Quenioux (sommelier) à une question simple sur le désherbage des vignes déroulent une spirale infernale.

Les herbicides conduisent à utiliser des bactéricides dont l'action contraint à user d'acaricides. En fin de compte, le terroir est mort; les vignes "doivent" alors être dopées. Sulfites, levures exogènes... "doivent" être administrés en masse.

A l'horizon proche : les OGM...

S'adressant au citoyen-consommateur, l'ouvrage - engagé - désigne les coupables : l'agro-alimentaire, la FNSEA, les coopératives, les banques, l'industrie phyto-sanitaire et la pétrochimie, la fausse science qu'est l'oenologie...

 

En finir avec la viticulture chimique

Rebelles, les 62 vignerons rencontrés - dans tous les vignobles de France - et racontés, le sont pour plusieurs raisons.

Parce qu'ils sont considérés comme tels par le "lobby industriel de l'establishment agricole".

Parce qu'ils veulent produire des bons vins " et non des breuvages agro-alimentaires à base de raisin" (Nady Foucault).

Parce qu'ils veulent ressusciter les sols et obtenir des terroirs de haute qualité, qui s'amélioreront de génération en génération.

Peu importent - en première analyse - les bannières portées haut dans ce combat ; bio, biodynamie, culture raisonnée... Il s'agit de passer d'une agriculture chimique à une agriculture éco-systémique.

 

Concrètement, le catalogue des pratiques vertueuses est impressionnant.

Quelques exemples seulement. Pour ce qui est de la vigne ; sélection massale, rendements moyens ou faibles, vendanges à maturité et manuelles par des équipes formées au respect des raisins.

Pour la culture, il faut éviter toutes les causes de tassement des sols, labourer, décavaillonner avec précaution. Les NPK (engrais), produits phytosanitaire, désherbants sont proscrits. L'enherbement actif est préconisé. Les pratiques bio ou BD (biodynamie) sont largement expérimentées.

La vinification est douce, non-violente (pressurage lent, respect des levures indigènes, sulfitage limité, filtration par gravité...).

Le respect de l'environnement est omniprésent : entretien des haies, dépollution des effluents de vinification, refus de la monoculture...

Quels résultats ?

Des vignes qui se battent pour retranscrire, parce qu'elles sont conduites à plonger profondément leurs racines, la vérité de leur terroir.

Des vins porteurs d'émotion et de fraîcheur, de minéralité, de fruit. Des vins dans lesquels on reconnaît le style de leurs auteurs.

 

Paradoxalement, ce sont des pratiques où le travail de l'homme prime sur l'administration d'intrants, mais où le principe fondamental est l'intervention minimum ; "le vin se fait tout seul quand la vigne est respectée" (Catherine Dhoye-Deruet - Vouvray).


Un livre de rébellion mais aussi d'optimisme. Comme disait Herbert Spencer, l'humanité ne marche droit que lorsqu'elle a essayé toutes les façons de marcher de travers.

Souscrivons à ce que dit Jean-Claude Ray : "Nos palais guettent le futur avec optimisme".

 

 

Extrait - la définition du "Terroir"

" Il s'agit en fait d'une notion physique simple : la possibilité qu'ont les racines des plantes d'atteindre une couche minérale plus ou moins profonde baptisée roche mère par les pédologues. C'est dans cette roche mère que la plante puise sa spécificité, et le terroir des vins est l'addition de cette dernière avec le climat local. Ceci à condition bien sûr que les diverses couches de sols, baptisées "horizons" et situées entre la litière de matière organique superficielle et cette roche minérale, soient en bon état, c'est-à-dire en condition d'être le lieu d'une vie intense constituée de micro-organismes, champignons, vers de terre et autres animaux capables d'opérer la fusion entre la partie organique supérieure du sol et sa partie minérale inférieure."

 

 

 

Vignerons rebelles
Les hommes et leur terroir
62 viticulteurs d'exception
Jean-Claude Ray
Préface de Corinne Lepage
Ellébore Editions
302 pages

ACHETER L'OUVRAGE


Illustrations
Cuvée Muenchberg d'André Ostertag
Cuvée Racines Les Cailloux du paradis de Claude Courtois

 

 


On sera attentif à la prochaine parution chez Fayard, de l'ouvrage "Pesticides, révélations sur un scandale français", de Fabrice Nicolino et François Veillerette.

Partager sur VIADEO Partager sur VIADEO

Site par Neteor