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Le Vin et la Chanson

Article du 09-04-2008

Notre fournisseur attitré de livres anciens et rares sur le vin nous procura il y a quelques jours "Le Vin et la Chanson", un livre d'Octave Pradels (exemplaire à relier, avec envoi de l'auteur et couverture par Lebègue).

Il s'agit d'un recueil des articles publiés dans le Petit Journal, et destinés à dire "en toute liberté, le bien que nous pensons de nos bons vins de France".

L'ouvrage date de 1913, ce qui explique qu'il n'y soit point question des vins d'Alsace ou d'AOC.
Qu'on y déplore le récent phylloxéra.

Et qu'on y trouve des déclarations obsolètes comme : "Il paraît qu'Outre-Rhin, on a voulu faire des bourgognes allemands. Comme ces deux noms jurent ensemble ! (...) Il leur faut renoncer à cette ambition colossale. (...) Gardez votre bière, nous boirons notre vin."

On y voit par contre que les débats pétris de la confusion entre vin et alcoolisme ne datent pas d'aujourd'hui.

La position de l'auteur est claire : "notre reconnaissance lui (au vin) doit une fête nationale".

Poètes, chansonniers, médecins sont convoqués pour asseoir les mérites du vin et ses effets positifs sur la santé, l'humeur, la sociabilité... face aux "blêmes buveurs d'eau", aux "pitoyables ordonnances" des "docteurs ès eaux", au "dada de la vinophobie" et à "un accès injustifiable de snobisme pseudo-hygiéniste".

"Buvez du vin de France si vous voulez garder vos qualités françaises : la gaieté, l'entrain, la bravoure, l'aimable caractère et la philosophie souriante."

L'argumentation est parfois forçée. "Le vin est guérisseur. En 1870, les médecins militaires ont constaté que des blessures, semblables chez les Français et les Allemands, guérissaient chez les premiers beaucoup plus vite que chez les autres.
Le sang était plus sain, là où il avait été épuré par le jus des vignes ; la cicatrisation des plaies s'opérait rapidement."

Parfois, une théologie de bon sens est appelée à la rescousse : "Dieu n'a pas mis toutes les bonnes choses sur la terre pour le seul plaisir de nous récréer la vue, mais bien pour que nous en prenions toutes jouissances. Les misanthropes, les Jérémies sont des ingrats".

Et de conclure sur ces points ; "Les amateurs de vin sont rarement des ivrognes ; c'est le mauvais alcool qui les produit."


Mais le but principal du livre était de parcourir les régions de France ; de Gironde en Champagne (dont le vin est encore considéré comme "le roi du dessert"), de la Meuse au pays des eaux-de-vie (Cognacs, armagnacs...), de Bourgogne en Guyenne ...

Et de ce tour des vignobles, surgissent des centaines d'appellations disparues ou qu'on ne connait plus aujourd'hui sous ces noms : Tabanac, Noizay, Bellenave, Saint-Gilles, Lavigny, Issoudun, Beaugency...

Et chaque étape s'illustre d'anecdotes historiques, de proverbes, de couplets de vaudeville et de chansons.

Ce sont souvent des vers de mirliton, mais la rime est parfois si facile !

Bouteille, treille, vermeille, ensoleille, merveille...
Bordeaux, tonneau...
Pommard, nectar...
Corton, Tonton, tontaine, tonton !

ou encore

"Que dom Pérignon soit béni
Biribi !"

 

 

Extraits

"On disait à Piron - "Si vous ne renoncez pas au bourgogne vous perdrez la vue". - "Bah ! répondit le joyeux poète, j'ai assez vu... mais je n'ai pas encore assez bu."

"O Bourgogne heureuse ! Tu mérites d'être appelée la mère des hommes pour ce que tes mamelles contiennent de si bon lait !"
(Erasme)

"Est-ce du ciel que telle manne
A plu sur Dijon ?
C'est de Savigny - me répondit-on."
(La Monnoye)

"Quand on a bu du champagne, les distances se rapprochent ; ce vin est fait pour mettre l'étiquette à la porte."
(Napoléon)

"Quand la mort me voudra tuer,
A tout le moins, si je suis digne
Que les Dieux me veuillent muer,
Je le veux être en fleur de vigne"
(Ronsard)

 

 

Le Vin et la Chanson
Octave Pradels
Ernest Flammarion Editeur
1913

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