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Val secret à Condrieu

Université d'été : dans le val d'Arbuel, à Condrieu, rencontre avec l'ethno-oenotourisme

 

Nous voilà assis au soleil de juillet, dans l'ombre étroite d'un muret.

Parlons-en de ces murets, un travail sans cesse recommencé en raison des pluies et du temps, et qui transforme le vigneron en maçon.

Murets de soutien, terrasses, murs de cloture, perçés de portes, mais aussi "reposoirs", sur lesquelles les porteurs de vendanges reposaient leur hotte (le benneau).

Il y a du travail pour les années à venir. Leur entretien conditionne le travail du vigneron mais aussi l'accès aux parcelles de vigne et les balades des oenotouristes sur les sentiers.

Les chemins pouvant être privés ou publics, relever du parc naturel du Pilat ou de la commune, on imagine les complexités administratives lorsqu'il faut envisager des travaux de sauvegarde de ce patrimoine...

Nous sommes passés par les rues étroites de Condrieu, où les génoises donnent un air de sud au village.

Peu de traces visibles d'un patrimoine vitivinicole.

Il y a en effet une vraie différence entre Ampuis et Condrieu.

Le village condriote a plus de liens avec le fleuve qu'avec le vin. Au XIXème siècle, c'était un port, un centre de battellerie, avec un chemin de halage.

Ampuis est, lui, un "vrai" village viticole.

On peut cependant parler, en raison du chemin muletier qui conduisait de Condrieu à Rive-de-Giers, d'échange vins-charbons entre les deux vallées du Rhône et de la Loire.

De plus, Condrieu possède un quartier historique de vignerons, le quartier de la Garenne, sur les rives de l'Arbuel, ce dont témoigne une belle statue de Saint-Vincent.

Nous avons pris une petite rue conduisant au sentier de Corbéry en passant par la maison de Gangloff, et un ancien moulin, aujourd'hui belle maison, comme il y en avait quelques uns sur le ruisseau.

Les vignes sont là (la zone AOC est limitée entre 100 mètres et 300 mètres d'altitude).

Au loin, dans l'échancrure du val, à droite de la tour du Garon, le Rhône.

Notre guide d'immersion ?

Eric Besson, chantre (et inventeur) de l'ethno-oenotourisme. "De la nature à l'homme, de la vigne au vin, du domaine à la cave" précise la plaquette de présentation de ses activités.

Diable ! Qu'est-ce que l'ethno-oenotourisme ?

On comprend que la double formation - anthropologie et sommellerie - ainsi que des activités professionnelles diverses dans la filière (ouvrier viticole, commercial, caviste...) aient amené Eric à cette vision particulière.

- Mais quelle en est la définition exacte ?

"L'ethnologie est la science de l'altérité, de ce qui peut paraître différent de nous. Elle nous apprend à regarder l' Autre.

Mes premiers pas et les premiers plaisirs que j'ai eu en parcourant le vignoble et en rencontrant les vignerons, se rapprochent des motivations de l'ethnologue. Cela concerne l'activité humaine, la place de l'homme dans son environnement, sa façon de se représenter le monde et de vivre sa différence dans l'unité du genre humain.

Les vignerons apportent un témoignage dans leur manière d'appréhender leur environnement.

Ce témoignage peut avoir un intérêt pédagogique auprès des enfants et des adultes. Lorsque l'on est soi-même porteur de valeurs, on n'a pas toujours conscience qu'elles sont estimables et qu'elles sont dignes d'être transmises; elles paraissent tellement évidentes pour leurs auteurs.

Aller au delà des évidences !"

- Il s'agit donc aussi d'aider les vignerons à se faire comprendre ?

"Par mon travail, je souhaite accompagner les vignerons à partager leurs valeurs auprès d'un large public en les amenant à témoigner de leurs savoirs-faire et savoir-être."

- N'est-ce pas une approche trop "intellectuelle" ?

"L'Ethno-Oenotourisme, c'est une approche intimiste du vin. Aller au delà de la bouteille de vin...

Elle est issue d'un environnement culturel. Un vin dont on connait l'histoire, grande ou petite, prend une tout autre dimension. D'où il vient, qui l'a fait, à quelle occasion on l'a acquis, avec qui on l'a partagé... de quel endroit, de quel vignoble les raisins, fruits de ce vin, sont-ils issus ?

Toucher les Ceps... Sentir les odeurs... Goûter le sang de la vigne au coeur du vignoble !

Cette approche sensible et cette approche du sensible est un prétexte à rencontrer l'Autre. Cet autre, que l'on peut initier, faire entrer dans un monde un peu fermé, un peu secret."

Et au soleil franc de ce 16 juillet, sur le lieu-dit Côte Bonnette, dans la lumière d'un verre de Condrieu, nous casse-croutons d'abricots et d'une tomme de Chartreuse.

Nous parlons de Que ma joie demeure, écrit en 1935 par Giono, des vignerons (Christophe Pichon, Christine Vernay, Martin Daubrée...), du choix cuvées parcellaires ou cuvée unique (comme Bernard Burgaud)...

Il me relit un paragraphe de son ami l'ethnologue Jean-Yves Loude, qui, lui, habite en plein Beaujolais et écrivait dans Dialogue en noir et blanc :

"Pour moi, devenir ethnologue consistait à servir de pont entre deux rivages culturels, lutter chez moi contre l'ignorance des systèmes de pensées étrangers et l'irrespect qui s'ensuit.

Transmetteur, conteur, diffuseur d'un savoir confié, appris, pour une vivante restitution."

 

L'ethno-oenotourisme existe. Nous l'avons rencontré !

 

 

 

Eric Besson
oenotourismecondrieucoterotie.blogspot.com
ebesson@wanadoo.fr
04 74 56 68 46

 

 

Autre adresse, Gilles Cartailler (pour son saucisson au Côte-Rotie)
8 r Crémaillère
69420 Condrieu
04 74 59 52 41

 

Photos - DR
Article du 08-08-2009
Site par Neteor