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Un Américain dans les vignes

Article du 05-09-2009

Quoi ? Encore un Américain dans les vignes ? Pas que. Démonstration.

Robert Camuto est né à New-York.

Il s'est installé en France en 2001 pour des raisons peu complexes : 1° une épouse niçoise, Gilda 2° "si le vin et le monde arrivent à s'entendre, n'est-ce pas parce que la France existe ?".

Il est journaliste et honore de sa plume le Washington Post, Wine Spectator, ou le Sydney Morning Herald avec des récits de visites dans les vignobles de France, d'Italie... and occasionally beyond.

Il habite un ancien moulin à huile du XVIIIème (avec une cave) près de Grasse.

Il vient de publier la traduction française de "Corkscrewed", titre qui n'a pas donné "Débouché", ni "Tirebouchonné", mais de manière plus élégante et explicite "Un Américain dans les vignes - Une ode amoureuse à la France du bien-vivre'.

 

The New French Wine Country

D'entrée de jeu, il s'en prend aux bien-pensants qui confondent alcool et vin.

Dans un combatif avant-propos réservé à l'édition française, il souligne que "l'immense diversité des vins français mérite d'être défendue précieusement contre une modernité qui engendre des produits sans âme" et s'écrie "Aux caves, citoyens !"

Il est vrai qu'il y a motif à reprendre courage, foi et moral dans les pages du livre, puisqu'en France "la révolution de la qualité est en train de transformer non seulement le vin lui-même mais aussi le paysage viticole".
Le sous-titre de l'édition américaine est éloquent : "Adventures in the New French Wine Country".

"The New French Wine Country", sans copeau, barrique neuve, herbicide, pesticide, fertilisant, où les vignerons défendent la taille en gobelet, le "vrai" fumier, l'enherbement, où les terroirs - Dieu Bacchus t'entende, Robert - respirent de nouveau.

La France qui a les solutions pour sortir de la crise du vin : vendre la richesse de la France, continuer à élever le niveau de qualité du vin...

La France de François des Ligneris, de Jean-Bernard Siebert, de Claude Martin, de Cyrille Portalis, Pierre Acquaviva, de Jacques Mossé, de Didier Barral, de Jean-Pierre et Isabelle Venture, de Gilles Barge et Jean-Michel Stephan, de Jean-Marc Balaran et de Robert Plageoles...

Grâce à eux, notamment, "nous vivons un âge d'or en matière de diversité, de qualité et de découverte".

Le grand mot - découverte - est lâché.

Découverte. Nous voilà partis pour des routes menant à des hameaux "que les cartes ne mentionnent pas" avec le rappel de cet argument en faveur de l'oenotourisme : "tous les vins gagnent à être bus aussi près que possible de leur lieu de production". 

 

 

Une quête en bonnet rouge

Mais ne nous y trompons pas.

L'ouvrage est loin de n'être qu'une galerie de portraits de rebelles, d'indépendants, de marginaux... ou qu'une recherche de vins qui ne sont pas "captés par les radars des arbitres du bon goût".

Robert Camuto prend admirablement la suite de nombreux wine-trotters américains, dont quelques-uns célèbres ; Thomas Jefferson, Kermitt Lynch, Nossiter...

Non, bien plus qu'un carnet de voyage vineux, "Corkscrewed" est l'histoire d'une quête personnelle, qui nous touche donc infiniment.

Explorateur de ses propres goûts, Robert Camuto est à la recherche, toujours renouvelée par le terreau fertile en questions et en étonnements d'une obligeante naïveté, de ce qu'il aime - c'est une définition de l'épicurisme - mais aussi de la compréhension du "pourquoi" il aime.

Vêtu de probité candide et de lin blanc (sans pouvoir cacher son bonnet rouge ; dans le temps fondateur d'un journal alternatif, il a gardé des accointances avec ce courant), il approfondit chaque jour la compréhension de ce qui nourrit son amour pour la vie, et - pour commencer par un exemple concret - pour une certaine France.

Clairement, Camuto n'est pas du côté des aristocraties du bouchon, des petits-fours, des "experts" récitant leurs commentaires artificiels de dégustation, des vins de camions-citernes, des "vins technologiques qui ont le même goût"...

Des coups de griffe signent le désintérêt que lui inspirent certains vins et domaines. Des coups de patte dénoncent ce qui est vu comme de la fabrique ou de l'esbrouffe. Et ça claque ! Le Château Pavie ? "L'équivalent gustatif d'une Pamela Anderson". La cuvée "Le Bien décidé" de Gérard Depardieu ? "Un gros vin poussif et pompeux, un vin de bande dessinée, le vin d'un gros Obélix boulimique".

Camuto aime beaucoup une certaine France : "Une table fabriquée avec une planche de contreplaqué abîmé" ou une table en formica des années 60, les vieux chais à barriques, les 2CV, les fourgons Citroën cabossés ou les Clio qui ne démarrent pas, le tabac roulé (même s'il ne fume pas)...

La France de l'authentique, surtout. Il aime le coude-à-coude des vendanges, les vignerons créatifs, donc souvent "contraints" (par la règlementation) de vendre leurs vins en vins de pays ou en vins de table, et surtout les viticulteurs proches de leurs vins, qui travaillent leurs vignes eux-mêmes.

Et ce livre est l'histoire d'une foi retrouvée.

Foi en le vin. Perdue lors d'un Vinexpo. Regagnée en Ardèche (après un chapitre lumineux et ambigü sur Nicolas Joly et la biodynamie), avec "la nèfle, le cuir fruité, les tannins, la finesse" du chatus...

Il y aura sûrement une suite (que nous attendons avec impatience). "Vous connaissez les journalistes ; il faut bien qu'ils racontent quelque chose."

 

 

Un Américain dans les vignes - Une ode amoureuse à la France du bien-vivre
Robert V. Camuto

Michel Lafon
258 p.
17,90 €

L'ouvrage a reçu le Prix du Clos de Vougeot à la fête Livres en Vignes

http://robertcamuto.net/

 

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