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Dialogue avec Henri Jayer

Article du 05-08-2011

 

Le viticulteur, éleveur et dégustateur bourguignon de Vosne Romanée, Henri Jayer, reste mondialement connu pour la pureté et la finesse de ses vins.

Il a marqué son temps et laissé de nombreux admirateurs et émules ; Dominique Lafon, Philippe Charlopin, Didier Dagueneau, Nicolas Joly…

On a pu en voir quelques témoignages au dernier festival Oenovidéo d’Arbois avec un hommage profond et chaleureux à Henri Jayer.

Jacky Rigaux n’a cessé de dialoguer avec lui.

On rappellera son Ode aux grands Vins de Bourgogne : Henri Jayer paru en 1997, et ce dialogue n’a pas cessé depuis sa disparition durant les vendanges 2006.

Le vin n’est pas fait pour être reniflé, mais pour être bu

On aime à redécouvrir dans son dernier opus Les temps de la Vigne, Henri Jayer, Vigneron en Bourgogne les dadas de Jacky Rigaux (ou ses chevaux de bataille) comme la primauté de l’authenticité, des vins de terroir (et il est à la pointe du combat pour le classement de la Côte de Bourgogne au patrimoine de l’UNESCO), et la dégustation géosensorielle – à l’opposé de l’analyse sensorielle – dont les principes sont :

- l’intérêt porté au lieu, au terroir (le « géo » de géosensoriel)
- le rôle primordial du « toucher de bouche », la bouche étant plus fidèle pour exprimer un vin qu’un nez, aujourd’hui sollicité par les œnologues, privilégié par les tenants des arômes, parfois (plus de trois cent composés répertoriés quand même !) industriels…

Henri Jayer disait que le vin n’est pas fait pour être reniflé, mais pour être bu.

La primauté du « taster » sur le « tester » rappelle que le vin n'est pas un simple produit objet de notation… et doit conduire à apprécier sa texture, sa vivacité, sa minéralité, sa viscosité, sa longueur en bouche, sa consistance, sa sève…

Comme le titre l’indique doublement, nous traversons avec cet ouvrage court mais dense deux temps : celui des saisons et des travaux précis (accolage, buttage, taille...) de la vigne, et celui de l’histoire de la vigne.

Mais attention, en parlant de vignes plantées en foule, de labour au cheval, du passage du viticulteur au vigneron (qui élève et met en bouteille son vin), de science œnologique, il n’y a pas de passéisme.

Vins naturellement d'avenir

Il y a là dans le détail des travaux à la vigne, des vendanges à maturité optimale et à la main, et à la cave, une défense argumentée des vins naturels – et Henri Jayer était « un biodynamiste » sans le savoir - qui seuls expriment les terroirs (alors que Henri Jayer n’utilisait que des fûts neufs) et retranscrivent les effets d'un millésime.

Si la philosophie du vigneron et de l’auteur rejoignent le constat fait par le récent livre d’Eric Dupin (« Voyages en France » au Seuil) « d’une fatigue de la modernité », ils lisent dans cette viticulture naturelle les caractéristiques de celle du troisième millénaire.

Les vins industriels n’auraient donc été qu’une parenthèse, les technologies une illusion. Qu’à Dieu ne plaise…

Le train des vins industriels de la mondialisation

On est là à l’opposé du tout récent livre de Christophe Juarez « France, ton vin est dans le rouge », dont la lecture en parallèle est éclairante.

Ex-directeur général de Laroche, président du directoire de H. Mounier, et directeur commercial d’Unicoop (Ccognacs Hardy et vins Lamothe-Bergeron), l’auteur est riche en critiques contre une vieille France qui a « raté le train des vins industriels de la mondialisation », où « business et vin ne font pas bon ménage », accusée de « compter sur son patrimoine historique et culturel » et d’offrir une « abondance de choix qui nuit à la performance » (et l’auteur fournit utilement le repère d’un « Top 15 » des ventes de vins tranquilles en France ; Roche Mazet, Vieux Papes, La Villageoise, Noémie Vernaux, Cellier des Dauphins, Ormes de Cambras - pour nous en tenir aux ventes supérieures à 10 millions de cols).

Ceci s’accompagne de plans d’actions pour créer une filière industrielle du vin apte à « résister à l’insoutenable pression de la mondialisation » : « codification des vins par cépages », « gommage de l’effet millésime », « imposition de marques », « essais de plants OGM », « alternative gustative des copeaux de bois », généralisation de la capsule à vis, création de bassins de commercialisation (par exemple, Bourgogne, Beaujolais, Jura, Savoie)...

Ces deux livres semblent souvent se répondre. Par exemple, à propos des confrontations internationales comme le Jugement de Paris de 1976.

« Des concurrents américains avaient osé battre les meilleurs vins français. Mais à l’époque, la profession avait préféré discréditer le concours au lieu de lire froidement le constat comme une alerte très sérieuse. » (C. Juarez)

« Et au fil des ans, comme on faisait de moins en moins de vins de terroir, les vins français devenaient de plus en plus faciles à copier et pouvaient être battus dans les concours internationaux ! » (J. Rigaux)

La société de production-consommation contre les valeurs de la terre, le combat effectivement du troisième millénaire…

 

Jacky Rigaux
Les temps de la Vigne
Henri Jayer
Vigneron en Bourgogne
Terre en Vues - 15 €

Terre en vues, née en 2000 au coeur du vignoble bourguignon. est une société de reportage dont l'objectif premier est la diffusion d'images, notamment dans le domaine de la vigne et du vin. Maison d’éditions elle a à son actif de nombreux livre de Jacky Rigaux : Le Réveil des Terroirs, Le terroir et le vigneron, 1900-2004, un siècle de millésimes en Bourgogne, Pouilly-Fumé, perle de la Loire… 

 

A lire et écouter

www.bourgogne-live.com/2011/07/didier-dagueneau-est-le-disciple-majeur-dhenri-jayer-jacky-rigaux-evoque-avec-emotion-ses-deux-amis-disparus/


On signale aussi la publication récente d’un ouvrage complet (522 pages) de Christophe Lucand chez Féret consacré aux « Négociants en vins de Bourgogne de la fin du XIXème siècle à nos jours »

 

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