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L’ingénieur des héritages vignerons

Article du 22-01-2012

« Son activité est assez atypique », nous avaient indiqué ses amis et voisins les vignerons Anne et Sylvain Bouhelier de Chaumont-le-Bois, eux-mêmes créateurs d’un petit musée.

En fait, la grande ferme bourguignonne de Benoît Ploffoin tient plus du capharnaüm que de la vitrine, de l’entrepôt que de la galerie et de l’atelier que du musée, et - au fur et à mesure des acquisitions – elle pousse ses murs vers la rivière Ource entre les bouche-bouteilles, les pompes à vin et les chaudières à pyrale.

Installé depuis toujours à Thoires, commune de 50 habitants au nord de la Côte d’Or, toute proche de la Champagne, l'étonnant Benoît Ploffoin travaille pour une clientèle de vignerons à la recherche de solides outils à l’indémodable efficacité, et de collectionneurs passionnés, qu’on n’hésitera pas à qualifier de privilégiés…

Du tire-bouchon démontable de poche au chenillard, de la machine à greffer à l’entonnoir à champagne, de la velte (jauge) à la sulfateuse, de la chaîne à rincer les fûts au mâche-bouchon, du tire-bonde au pressoir, du fausset hydraulique au filtre à plaques de chêne, de la pince à capsuler au chandelier de cave, de l’égrappoir-fouloir au fouet bordelais à poils de sanglier … toute la passionnante encyclopédie de Raymond Brunet, référence du début du XXème siècle, avec ses deux volumes, Le Matériel Viticole et Le Matériel Vinicole, ne suffit pas à décrire toutes les richesses du lieu.

C’est à un voyage que nous sommes initiés : au cœur de l’ingéniosité mise à adoucir les durs travaux de la vigne, ou de la sophistication prodiguée aux prouesses minutieuses de certains instruments comme les doseuses à champagnes, ou des pieuses fantaisies déployées dans la lutte contre les grands fléaux comme le phylloxéra…

Patrimoines solubles dans l'indifférence

Mais on constate avec tristesse combien il suffit de peu de temps pour que certains savoir-faire nourris depuis l’antiquité deviennent incompréhensibles, pour que certains objets perdent de leur signification, pour que ces patrimoines, solubles dans l’indifférence, fuient et s’écoulent sans autre protection que les bienfaisantes manies de quelques collectionneurs…

Qui sait dire par exemple aujourd’hui l’utilité de telle encoche des serpo-sécateurs ?

Il ne s’agit pas pour Benoît Ploffoin de simplement présenter les ustensiles, machines, outils du passé, à la valeur esthétique pourtant indéniable, mais après les avoir retrouvés, de leur redonner la vie.

Et si possible, de les remettre en fonctionnement. Nous sommes donc dans un lieu de production…

Entre ses mains, un tuyau noirâtre se révèle être une rutilante robinetterie en laiton, un vieux (forcément) manchon pourvu d’une grille redevient une protection individuelle pour dégorger les bouteilles de champagne…

C’est à lui que se sont adressés naturellement les Courtiers Jurés-Experts Piqueurs de Vins de Paris, désireux de remettre en lumière un mode opératoire tiré de leur riche histoire : la dégustation des vins à la barrique, sans passer par la bonde, la plupart du temps inaccessible lorsque les futailles sont gerbées sur une grande hauteur.

Grâce à un outil nommé « coup de poing » ou « vrille de tonnelier », un petit trou était percé dans le fond (plat) du tonneau.
Le courtier exerçait ensuite grâce à une sorte de marteau, une « assette de rabattage », une légère pression sur le fond du tonneau. Le vin coulait dans un taste-vin pour être dégusté. Il suffisait ensuite de reboucher le trou avec une petite cheville de bois conique, le « fausset ». On utilisait à nouveau l’assette, coté marteau, pour enfoncer la cheville puis on arasait son extrémité avec le côté tranchant.
Il existait aussi ce qu’on pourrait nommer le couteau suisse de cette opération, le « marteau à déguster », comprenant l’assette, le coup de poing, et une pince permettant de retirer éventuellement le fausset (voir photo ci-contre).

A quoi sert le patrimoine ? se demande-t-on parfois.

Hommage aux hommes et aux femmes du passé, rencontre avec nos racines, occasion de rencontres sociales et culturelles... mais aussi, surtout, nous n'aurons garde d'oublier cette formidable capacité du passé à ouvrir l'imagination et les rêves qui permettent d'inventer nos lendemains…


Joindre Benoît Ploffoin

 

A lire

- quelques musées du vin en France

- Les objets de la vigne et du vin, de François Morel

- reportage TF1 sur Benoît Ploffoin

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