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Qu'est-ce qu'une visite oenoculturelle ?

Article du 19-09-2016

Les patrimoines vitivinicoles, héritages culturels authentiques, sont largement méconnus, cachés, invisibles, tus.

Leur spécificité passionnante est ignorée, et les destinations distinguées par le label Vignobles & Découvertes se limitent souvent à mentionner dans leurs centres d’intérêt les éléments les plus connus du patrimoine « classique » ; églises, bâtiments remarquables, ouvrages d'art.

Un oubli économiquement catastrophique

Si les visites de sites, empreintes ou vestiges viticulturels sont peu fréquentes, la raison en est qu’on ne les connaît plus. Quelques voix s’élèvent (dont, depuis dix ans, celle de Winetourisminfrance) pour inventorier et valoriser - notamment à des fins oenotouristiques et donc économiques - ces patrimoines qui sombrent pour la plupart dans l'oubli depuis une soixantaine d'années.

L’Office de Tourisme de Cahors, lors d'une visite de la ville, la veille du week-end des Journées du Patrimoine, avec les participants du Symposium Iter Vitis, s'est prêté au jeu avec l’érudition joyeuse de la guide conférencière Valérie Noyé.

C'était un exercice difficile. En effet, si le vignoble de Cahors vit encore une riche histoire viticole débutée dans l'Antiquité, ce n'est pas le cas de la cité cadurcienne, qui semble n'offrir que peu d'occasions de narrer anecdotes et histoires utiles à la découverte de l'histoire vineuse.

Et ce, même si un élan nouveau a fait entrer des vignes de Malbec en bord de Lot devant le pont Valentré ou sur l’esplanade qui s'étend derrière la statue Gambetta près de la toute contemporaine et hyperactive Villa Cahors Malbec. Sur cette place figure désormais une plaque marquant l'entrée de Cahors au sein du réseau culturel du Conseil de l’Europe Iter Vitis.

Pape et ports

Voici, révélés parmi d’autres par cette visite, quelques éclairages sur l’étonnant passé viticole de cette cité patrimoine Unesco.

Première information remarquable : le territoire médiéval du comte - évêque de Cahors correspond à celui de l’AOC Cahors reconnue en… 1971.

Une exposition rappelle que la ville a donné un évêque devenu pape. Il est toutefois regrettable que cette exposition - dont les mécènes sont pourtant les vignerons - ne mentionne pas le rôle joué par Jacques Duèze l'évêque pour le vin de Cahors, et Jean XXII le pontife dans la création du vignoble de Châteauneuf-du-Pape et le rachat de l’enclave (viticole) des Papes (Vaucluse) en 1317.

Le rôle commercial et la prospérité de Cahors au cours des siècles tient à quelques caractéristiques : sa place sur l'axe entre Montpellier et le port en eau profonde de La Rochelle ; son rôle encore vivant d’étape sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ; la navigabilité du Lot à partir de la cité qui a donné un débouché aux vins vers Bordeaux.

Au fil du temps, et suivant la mode, le vin, de clairet, devient plus rouge foncé et servira de vin « médecin » aux vins de Bordeaux. Les Flamands apprécient au XVIIe siècle la capacité à se conserver et à voyager de ce vin noir.

A l'époque médiévale la cité ne possède pas moins de trois ports (Valentré, Saint-Urcisse, Bullier). Ensuite, la ville de Douelle, plus en aval, dont le nom est d'ailleurs directement lié à la tonnellerie et donc au transport du vin, prend leur place.

Chanoines et crieurs

La dîme épiscopale est apportée dans la ville : dans le « Cuvier du Chapitre » qui remonte au XIVe siècle, les chanoines de la Cathédrale reçoivent la vendange, la vinifient et entreposent les fûts de vin.

De même, les pipes (tonneaux d'environ 600 litres) des bourgeois sont-elles gardées dans d’innombrables caves qui demeurent aujourd’hui un trésor secret de Cahors.

Bourgeois de la ville, propriétaires des vignes… On peut admirer la belle façade Renaissance de la maison de l’archidiaconé Saint-Jean, qui appartenait à la famille de Massaut, du fameux château Lagrézette.

La ville compte de nombreuses tavernes au Moyen-Age. L’eau est rare et peu sûre. On y boit donc du vin, parfois piqué. Aussi la ville crée, au XIVe siècle, un crieur de vins municipal assermenté : il va par la ville faire goûter les vins des différentes tavernes, ce qui limite la vente de vins de mauvaise qualité.

Pour finir sur cette rapide approche, la vigne a laissé ici ou là quelques motifs symboliques et décoratifs : grappes du cloître, buveur de vin du tympan de la cathédrale Saint-Etienne… et lorsque le musée Henri Martin ouvrira à nouveau ses portes on y retrouvera sans doute quelques scènes de vendanges de ce peintre post-impressionniste.

On le comprend, une telle visite oenoculturelle - qui mérite bien sûr d'être approfondie - ouvre sur tout un monde d'histoires insolites ; elles apportent autant d’idées, de sources, pour des approches oenotouristiques différentes - et les participants au Symposium ont pu en faire une approche suite à leur circuit dans la ville.

Exploration des patrimoines viticulturels et alchimie du storytelling sont bien les clés d’une nouvelle valorisation de ce produit culturel éternel qu’est le vin.

 


Lectures pour aller plus loin

« 60 générations de vignerons », article de Valérie Noyé, paru dans « Dire Lot »

« Cahors, le roman du vin noir » de Jean-Charles Chapuzet, Féret

« Cahors, ville et architecture civile au Moyen-Âge », Maurice Scellès

« Cahors au siècle d'or quercinois », Patrice Foissac, éditions Midi-Pyrénéennes

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